Jules Dumont d’Urville, l’appel de la découverte
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Le 27 janvier 2026
Marin et explorateur du XIXᵉ siècle, il fut le premier Français à fouler l’Antarctique et le découvreur de la Terre Adélie. Portrait d’un homme dont la mort accidentelle stoppa net une brillante carrière.
Article en partenariat avec Science & Vie
Agrandir l'image : Portrait gravé d’un officier de marine en uniforme, vu à mi-corps, avec un navire à voiles esquissé en arrière-plan.
Jules Dumont d’Urville est resté dans l’histoire comme l’explorateur qui découvrit la Terre Adélie, un matin de janvier 1840, aux confins glacés du monde. Mais c’est très réducteur ! Car avant d’avoir foulé l’Antarctique, il avait déjà parcouru les mers, dressé des cartes, recueilli des plantes, des insectes, et même révélé à la France l’existence de la Vénus de Milo. Navigateur, linguiste, naturaliste, il fut de ceux pour qui la découverte n’était pas un exploit, mais une façon d’être. Né le 23 mai 1790 à Condé-sur-Noireau, dans le Calvados, ce jeune Normand au tempérament obstiné choisit très tôt la mer comme horizon. À dix-sept ans, il entre dans la Marine et s’y distingue par sa curiosité insatiable : il veut tout comprendre, tout observer, tout relier. Polyglotte, botaniste, cartographe, il se rêve savant autant que marin. Éconduit de l’École polytechnique, il poursuit sa formation sur les flots et obtient en 1812 le grade d’enseigne de vaisseau.
De la Vénus de Milo à Lapérouse
En 1815, il épouse Adèle Pépin, celle dont le prénom, vingt-cinq ans plus tard, sera donné à une terre du bout du monde. À peine marié, Dumont d’Urville reprend la mer, mû par cette fièvre d’apprendre qui ne le quittera jamais. Entre 1816 et 1819, il sillonne la Méditerranée et la mer Noire à bord de La Chevrette, chargé de mesurer les positions géographiques des îles grecques. Mais ce jeune officier ne se contente pas d’observer le ciel et les cartes : il explore, compare, collectionne, traduit. C’est au détour de cette mission en mer Égée qu’il fait escale sur l’île de Milos, où des paysans viennent de mettre au jour une statue en marbre de Paros. L’officier comprend aussitôt que le corps sans bras est une découverte exceptionnelle. Il en examine les fragments, relève une inscription gravée sur la base et signale la trouvaille à l’ambassadeur de France à Constantinople, le marquis de Rivière. Grâce à cette initiative, la statue est acquise par la France et livrée au Louvre l’année suivante. Plus d’un siècle plus tard, la Vénus de Milo en est toujours l’un des joyaux.
Entre 1822 et 1825, Dumont d’Urville embarque pour un tour du monde à bord de La Coquille, commandée par Louis Duperrey. Il n’en est pas le capitaine, mais l’un des officiers scientifiques les plus actifs. Trois années durant, il prélève, note, classe, collecte : plantes, coquillages, insectes, roches… À chaque escale, le navire devient un laboratoire flottant. À leur retour, les savants du Muséum d’histoire naturelle recensent plus de trois mille espèces végétales et plus d’un millier d’insectes, dont plusieurs centaines encore inconnues. De cette récolte naissent des études et une Flore des Malouines, qui fixe sa réputation de naturaliste rigoureux. Animé par le désir d’aller toujours plus loin, il reprend la mer en 1826, cette fois à la tête de L’Astrolabe (anciennement La Coquille) accompagnée de La Zélée. Sa mission : retrouver les traces de Lapérouse disparu à Vanikoro en 1788, et explorer les côtes encore vierges du Pacifique. D’Urville sillonne la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Bretagne ; il relève les contours des îles Loyauté, des Tonga et des Moluques, affine les cartes de la Nouvelle-Zélande. Observateur et pédagogue, il propose une classification des mondes océaniens - Mélanésie, Polynésie, Micronésie - qui fera date.
Cap sur les glaces du Sud
De retour à Paris en 1829, il songe déjà à d’autres horizons. Mais ce n’est que huit ans plus tard qu’il obtient enfin le feu vert pour une nouvelle expédition : cap sur le sud, vers les glaces. En septembre 1837, L’Astrolabe et La Zélée quittent Toulon. Trois années d’exploration dans de rudes conditions s’annoncent. À bord de L’Astrolabe qui vogue dans l’océan Austral, le matin du 22 janvier 1840, Dumont d’Urville note dans son journal : « À dix heures du matin, nous distinguâmes distinctement la terre, s’étendant de l’est à l’ouest à perte de vue, formée de hautes montagnes couvertes de neige. » Au-delà des champs de glace flottante, il distingue une côte abrupte, toute de glace et de pierre, surmontée de pics aux contours incertains. La mer est encombrée de glaçons, le vent du sud-ouest balaie le pont. Selon son officier Vincendon-Dumoulin, « une falaise continue, composée de glace compacte, s’élevait à plus de trente mètres ». Les deux navires se trouvent à environ 66° S, 138° E. D’Urville ordonne alors d’arborer le pavillon tricolore : « J’envoyai aussitôt un de nos matelots déployer un drapeau sur ces terres qu’aucune créature humaine n’avait ni vues ni foulées avant nous. » Ainsi naît la Terre Adélie, baptisée en hommage à son épouse Adèle. Quelques jours plus tard, une équipe débarque sur un îlot rocheux - le Rocher du Débarquement - pour y laisser un acte de prise de possession au nom de la France.
Le destin du navigateur s’interrompt brutalement deux ans plus tard. Le 8 mai 1842, il voyage avec sa femme et leur fils de seize ans à bord du train Paris-Versailles lorsque le convoi déraille à Meudon et s’embrase. Cinquante-cinq passagers périssent dans ce qui demeure la première grande catastrophe ferroviaire du monde, parmi eux Dumont d’Urville et sa famille. Ainsi s’éteint un homme qui, des îles grecques aux confins de l’Antarctique, aura fait reculer les frontières du monde connu.
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Propos recueillis par Samuel Loutaty (Science & Vie)
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