Les Peintres officiels de la Marine, des passeurs de mémoire
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Le 01 juin 2026
Depuis plus de deux siècles, les Peintres officiels de la Marine accompagnent l’histoire maritime française par leurs œuvres. Témoins privilégiés des expéditions, des combats et de la vie des marins, ils saisissent la mer, les navires et les hommes avec un regard d’artiste autant que d’historien.
Par François Bellec de l’Académie de marine
Article en partenariat avec Cols.bleus
La représentation du fait maritime français au XVIIIe siècle est dominée par l’œuvre de deux dessinateurs brestois Nicolas – Marie et Pierre Ozanne. Remarquables par leur connaissance des navires et l’élégance de leur trait, ils recueillirent un inestimable portefeuille de dessins sur le vif de navires et de l’activité des arsenaux. Sans leurs témoignages, les kilomètres d’archives qui consignent le quotidien de la marine de l’Ancien Régime seraient des abstractions. Le chevalier Flotte de Saint-Joseph, peintre amateur d’un certain talent, peignit en juin 1777 à Toulon l’inspection par le comte de Provence des vaisseaux en partance pour aller soutenir les colons américains soulevés contre l’Angleterre. Cet événement historique survit grâce à ce tableau. C’est un artiste de second plan, le capitaine de vaisseau de Rossel de Cercy, qui reçut en 1786 une très importante commande : 18 tableaux représentant – par ouï-dire - les combats victorieux de la guerre d’Amérique. Malgré son expérience de la mer, des navires et des combats, son témoignage pictural manque de panache, mais il a le mérite d’exister. La Révolution avait d’autres chats à fouetter que l’œuvre de Rossel. Bien qu’un député l’ait qualifiée de « véritable monument national », le Comité de Salut Public suggéra à l’artiste de garder ses tableaux et de ne plus l’importuner. Ce n’est que seize ans après son achèvement que le Premier Consul donna son accord au règlement partiel de la série de la guerre d’Amérique acquise par l’État. Que la Nation s’intéresse ou pas à sa mémoire, Rossel avait fait son devoir.
Immortaliser les faits d’armes
La nomination de Garneray en 1817 au titre de Peintre des marines du Grand Amiral de France fut l’indice d’un regain d’attention pour la politique maritime, au moment où neuf expéditions scientifiques allaient se succéder dans le Pacifique pendant vingt ans. La victoire navale de Navarin en 1827 eut pour effet secondaire l’attribution en 1830 à Gudin et Crépin du titre de « Peintre du département de la Marine ». Ils étendaient à la mer la mission des peintres de batailles d’immortaliser les faits d’armes. Le corps s’enrichit d’abord lentement, et beaucoup d’artistes familiers des salons officiels restèrent en dehors de la liste, comme Isabey ou Gilbert. Puis les nouveaux élus furent des paysagistes témoins de leur temps, et le corps s’honora de signatures brillantes, parmi lesquelles Ziem, Signac, Marquet, Fouqueray et Gillot. Dans le même temps, les nominations de Sandy-Hook, Marin-Marie, Haffner, Sébille, Chapelet et Brenet firent le renom d’une école française de peinture maritime protégée par l’État.
« « Les nouveaux élus furent des paysagistes témoins de leur temps, et le corps s’honora de signatures brillantes, parmi lesquelles Ziem, Signac, Marquet, Fouqueray et Gillot. » »
Le corps des peintres du département était prêt depuis longtemps à rendre compte des faits d’armes, quand commença le cycle des guerres enchaînées de la première moitié du XXe siècle. Les nouveaux peintres se postèrent sur la ligne de front, sur l’Atlantique Nord, en Indochine, en Algérie. Des milliers de croquis et d’aquarelles ont conservé le souvenir saisi sur le motif, des patrouilles et des combats partout où se déployaient nos navires de guerre, jusque sur les théâtres terrestres, sur les routes des offensives mécanisées, dans les rizières, dans les djebels. Mathurin-Méheut et Gillot étaient dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, et Fouqueray avec les fusiliers marins sur l’Yser et en Méditerranée orientale. Fait prisonnier, Lantoine, dessina avec les moyens du bord la misérable vie de ses compagnons de captivité, trimballés jusqu’au front russe.
Correspondants de guerre
Marin-Marie fut en 1940 témoin de l’attaque de Mers-el-Kébir et des événements de Dakar. Chapelet embarqua par conviction, sur un cargo des convois de l’Atlantique Nord ; il marcha sur Rome avec les Canonniers marins en Italie, et il peignit les commandos de la Marine en Indochine deux ans plus tard. Bouchaud, Rigaud et Hambourg accompagnèrent la 1ère armée en Allemagne, et Brenet alla peindre, sous les obus, les chars et les hommes du RBFM, le régiment blindé de fusiliers marins, en action autour de Baccarat. Delpy partit voir les djebels algériens et le Vietnam. En accomplissant leurs missions de correspondants de guerre, les Peintres officiels de la Marine ont fait du peintre de batailles un homme d’action.
Les Peintes officiels de la Marine sont avant tout des artistes de toutes les tendances de l’art figuratif contemporain. L’intérêt qu’ils portent aux activités maritimes et en particulier aux missions de la Marine nationale ne limite pas leur inspiration. Sur le marché de l’art, le bateau gris n’est pas un sujet de galerie. Cependant, ces curieux civils familiers des tenues réglementaires sont de précieux passeurs de mémoire. La photographie assure certes un suivi continu de l’évolution de la Marine. Offrant une saisie globale d’un instant, elle a vocation à devenir une archive, et à s’en remettre comme telle aux historiens pour l’analyser, l’expliquer et la transmettre sans altérer son témoignage brut. Le peintre, fondamentalement un dessinateur, analyse forcément chaque détail du sujet - même s’il en restitue une synthèse - et le met aussitôt à portée du regard et des curiosités, enrichi de sa propre perception sensible. En cela, le peintre est un passeur plus proche de l’écrivain que du photographe.
Des témoins du fait maritime français
Héritier des dessinateurs embarqués à bord des frégates d’exploration scientifique, il prolonge aussi la grande école de peinture des bords de mer et des ciels marins que fut l’impressionnisme. Indépendants dans leur inspiration et dans leur style, éventuellement néo-impressionnistes, hyperréalistes ou surréalistes, non conformistes donc et résolument situés dans le mouvement contemporain, les Peintres officiels de la Marine sont avant tout des témoins. Leur attachement à la Marine nationale, et l’attention qu’ils portent au fait maritime français, commerce, pêche, plaisance ou recherche, leur sensibilité et leur talent en font les descendants directs des maîtres qui expliquaient naguère à Versailles l’exotisme de notre destin maritime.
Ils contribuent - en particulier par leurs expositions de groupe - à faire prendre conscience aux Français du poids de leur héritage maritime, des excellences du présent, et des promesses des océans, notre patrimoine pour le futur.
Les Peintres officiels de la Marine : témoins d'exception
Depuis Louis XIII et Richelieu jusqu'aux peintres embarqués d'aujourd'hui, la Marine française n'a jamais cessé de convoquer les artistes pour témoigner, magnifier et transmettre. Le musée s'associe à Cols Bleus pour donner la parole à ceux qui font vivre cette tradition aujourd'hui : les Peintres officiels de la Marine.