Ewan Lebourdais, photographe et Peintre officiel de la Marine

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#Art et culture #Gens de mer

Le 08 juillet 2026

Membre du prestigieux corps des Peintres officiels de la Marine (POM), Ewan Lebourdais poursuit son œuvre de « témoin » embarqué. Rencontre avec un grand aventurier de la photographie maritime.

Propos recueillis par l’aspirant ® Clémence Douillot

Article en partenariat avec Cols.bleus

Comment votre « vocation » de Peintre officiel de la Marine vous est-elle venue ?

J’ai été attiré dès le plus jeune âge par l’univers maritime. Lors de vacances à Chausey, mes parents m’ont montré la petite maison de Marin-Marie, à la fois Peintre officiel de Marine (POM) et navigateur audacieux. Puis mon intérêt a été éveillé par les photos de mer de Philip Plisson, grand photographe des années 1990, surnommé le « Pêcheur d’images ». À la fin des années 2010, je ressens un véritable choc émotionnel en voyant le chef-d’œuvre Océan de Jacques Perrin. Je me rends compte que ces trois grands artistes de mer ont pour point commun l’appartenance aux POM. 

Trois grandes passions m’animent, la mer, les bateaux et la photographie. Passions différentes, car on peut aimer la mer sans naviguer, naviguer sans photographier et photographier mille sujets autres que la mer. Épris de l’univers maritime, j’aime le capturer sous tous ses angles, des monstrueux sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) aux véliplanchistes de Brest. En 2013, je réalise enfin que le statut de Peintre officiel de Marine est fait sur-mesure pour moi ! À partir de là, je commence à exposer mes photographies maritimes, à capitaliser sur la sympathie de ceux qui découvrent mon travail et me vois proposer de nombreux sujets. Des commandants m’invitent à venir photographier leurs unités, ce que je fais avec plaisir !  

Comment avez-vous réussi à intégrer ce corps prestigieux des POM ?

Pour espérer être retenu lors du Salon de la Marine, le candidat doit être très complet. Il lui faut à la fois plaire aux marins d’active, aux regards extérieurs et aux connaisseurs du domaine artistique tout en répondant à une thématique imposée par le jury. En tant que photographe, cette dernière condition s’avère très exigeante, puisqu’à la différence de la grande liberté de composition de la peinture, la photographie ne peut saisir qu’un instant du réel. En 2015, j’échoue lamentablement en présentant une œuvre jugée hors-sujet. Mais je décide de croire en mes rêves, d’autant plus que le 45e salon se tient à Brest en 2021. Contre toute attente, ma photo de l’Hermione intitulée Guerrière océane sur le thème « Mer en fête, mer en feu » est sélectionnée face à Laurent Ballesta, grand photographe sous-marin. J’entre ainsi dans l’illustre corps des Peintres officiels de la Marine, sur les traces de Mathurin Méheut, Paul Signac ou Jean-Gaumy. 

Comment utilisez-vous les privilèges attachés à votre fonction ?

Nous avons en quelque sorte le privilège d’être bénévole et de rayonner, puisque ce titre de gloire ne donne droit à aucune rétribution ni promesse de commande officielle. Depuis le décret de 1953, les POM signent leurs œuvres avec une ancre, ce que je trouve très prestigieux. Le corps peut aussi solliciter les commandants pour un embarquement, ce qui est toujours accepté. J’ai eu de la chance, car je recevais déjà beaucoup de propositions d’unités et ai donc pu choisir de voir ma carrière sur le temps long en explorant chacun à leur tour divers sujets. Depuis le mois de septembre, je suis ainsi en résidence au centre d’instruction naval de Brest, où j’embarque avec les mousses sur le Belém, photographie les présentations aux drapeaux, les lever des couleurs et tous les moments de la vie quotidienne de l’école. L’amiral Vandier m’a fait le grand honneur en 2020, alors que je n’étais même pas encore POM, de me demander de décorer les couloirs de chaque étage de l’État-major de la Marine à Balard. J’ai mesuré par la suite l’importance de cette grande commande de l’État. 

Pourriez-vous revenir sur une mission de POM qui vous a particulièrement marqué ?

Je me souviens d’un entraînement de libération d’otages en conditions réelles, en pleine nuit, par une mer agitée. Les nageurs de combat du commando Hubert ont mené un assaut de vive force. J’étais là, sur mon embarcation commando, en pleine nuit, à 40 nœuds. Je vois s’approcher la montagne d’acier du Dixmude, notre embarcation réduit sa vitesse et se place sur le bord d’assaut au dernier moment. Les commandos plantent des grappins souples et l’action commence. J’ai pu saisir des photos uniques et rendre hommage au travail de l’ombre de cette unité d’élite !

Comment servez-vous la marine en tant que POM ?

Notre rôle de Peintre de Marine est avant tout de témoigner de la puissance de la Marine et de tendre un miroir aux marins. Je crois que notre travail sert véritablement la Marine pour le rayonnement que nous lui fournissons. Notre mission est de montrer la variété et l’excellence des multiples domaines de compétences de cette institution au service de la France. Au-delà des unités, j’ai creusé le sujet des filières industrielles et tous les savoir-faire français phénoménaux autour de la Marine. À mon sens, la photographie sert ainsi à montrer et à créer de l’émotion, via la dimension artistique.

Je me souviens d’un événement particulier, illustrant bien mon propos sur le rayonnement. Depuis un an, je capture les premiers éléments de construction du porte-avions nouvelle génération, quand je termine de publier Marine(s), beau livre labellisé 400 ans par la Marine nationale. Lors des assises de l’Économie la mer à l’automne 2025, l’amiral Vaujour offre le livre au président de la République, en lui montrant mes photos des coudes de pompes de chaudières nucléaires prises chez Aubert et Duval à Firminy. Le porte-avions nouvelle génération existe bien. Nous sommes en octobre 2025, la continuité de la construction du porte-avion n’est pas encore décidée officiellement et ne sera annoncée qu’en décembre 2025. Je pense que la photographie a aussi un véritable usage politique, économique, budgétaire et utilise les ressorts de l'émotion pour servir ces sujets.

Les Peintres officiels de la Marine : témoins d'exception

Depuis Louis XIII et Richelieu jusqu'aux peintres embarqués d'aujourd'hui, la Marine française n'a jamais cessé de convoquer les artistes pour témoigner, magnifier et transmettre. Le musée s'associe à Cols bleus pour donner la parole à ceux qui font vivre cette tradition aujourd'hui : les Peintres officiels de la Marine.

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