Sauvetage en mer du sud.

Récit d'une incroyable nuit par LV_Corto & CamiKinz

Montage Jean Le Cam © Chris ASKOLL
Kevin Escoffier © Yann Riou/Polaryse
 

Dans la nuit du 30 novembre, c’est toute la flotte du Vendée Globe 2020 qui a retenu son souffle.

A 14h46 (heure française), Kevin Escoffier (PRB) déclenche sa balise de détresse (mayday). Un simple message écrit est transmis à son équipe technique : « Je coule. Ce n’est pas une blague. MAYDAY ». Désormais, chaque minute compte. La Direction de course déroute immédiatement Jean Le Cam, situé le plus proche, à environ 20 milles de sa position, afin de lui porter secours. Le Cam arrive sur zone vers 17h15 et commence à la passer au peigne fin pour retrouver le skipper de PRB. Imaginez-vous, la nuit tombe, la mer est déchainée. On parle ici d’une mer formée avec des vents à 30 nœuds (environ 60 km/h) et des creux pouvant aller à 4 m. Jean Le Cam cherche, scrute, fouille du regard le moindre signe du radeau de survie sur lequel se trouve Kevin Escoffier.

Au PC course, avec l’aide de Météo France et grâce aux données envoyées par la balise personnelle (AIS MOB Man Over Board) d’Escoffier, on tente d’estimer au mieux la dérive du radeau afin d’aider Le Cam à la retrouver. Puis c’est la lumière dans la nuit. Au milieu des creux, Jean réussit à repérer l’embarcation de fortune grâce à la lumière du canot ! Jean se rapproche comme il peut. Sous 3 ris et avec des conditions plus que musclées, il est très difficile de manœuvrer le bateau. Après plusieurs tentatives dans l’obscurité d’un océan Atlantique Sud hostile, il parait de plus en plus compliqué d’opérer en l’absence de soleil. Les 2 skippers réussissent à communiquer avec des mots quand ils sont très proches ou sinon avec quelques gestes lointains. Ils décident de temporiser et d’attendre le lever du jour prévu dans quelques heures (04h du matin heure française).

Le radeau de Kevin Escoffier étant tout de même pourvu de ration de survie permettant de tenir quelques jours (quelques litres d’eau, de la nourriture), il faut prendre maintenant patience, sachant que les conditions seront plus clémentes avec des baisses de vents prévues dans les heures qui vont suivre le réveil de l’astre solaire.

Puis Kevin entend un claquement de voile. 

 

Il dézippe l’entrée de son canot pour jeter un œil à l’extérieur et là, le Roi Jean, sublime sur le pont de son IMOCA, de plusieurs mètres plus haut que le radeau de survie, déboule en direction de Kevin Escoffier. Celui-ci s’exclame « On fait ça maintenant ?! ». Le Roi lui répond « Ouais ! ».
Ni une, ni deux, profitant d’un moment inespéré, le skipper de Yes We Cam envoi un bout en direction du rescapé de PRB avec à son extrémité une frite, tout comme ce qu’utilisent les enfants à la piscine municipale, que ce dernier réussit à attraper et à s’enrouler autour de la taille !
S’ensuivent de longues minutes où à la fois chacun tire le plus possible pour permettre de réduire les distances entres les deux marins et à la fois en lâchant de la tension pour ne pas compromettre l’opération et mettre l’un ou l’autre en danger plus qu’ils ne le sont déjà.
Enfin Kevin est au niveau de Hubert (le nom affectueux de Yes We Cam, en mémoire d’un ami du Roi Jean) ! Enfin, Kevin réussi avec l’aide de Le Cam à se hisser sur le pont ! Enfin Kevin est sauvé !

Les premiers mots échangés entre les deux hommes montrent que les marins du Vendée Globe ne sont pas de cette planète. Jean s’esclaffe « Putain, t’es à bord ! C’était chaud ! ». Et Kevin lui répond « Je te nique ta course, tu faisais une super course ». Jean le rassure « C’est pas grave, la dernière fois c’est moi qui avais mis à plat la course de Vincent ».  Ce clin d’œil de l’histoire fait encore plus rentrer Le Roi Jean dans la grande légende du Vendée Globe.
En ce jour du 1er décembre 2020, vers 2h06 (HF), Jean Le Cam a payé sa dette envers PRB, puisqu’en 2009, c’était Vincent Riou, sur PRB qui était venu sauver in-extremis le Roi Jean des abysses.

 

La chronique du vendée globe

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