Pascal de La Rose. Chantier de construction navale.1708.

La construction navale



La construction d'un grand navire au XVIIIe siècle est racontée étape par étape dans cette fiche documentaire.

Les bois de marine


La construction des vaisseaux de haut bord nécessite l'abattage de trois mille à quatre mille chênes centenaires pour chacun des plus grands bâtiments. Le renouvellement de la flotte suppose donc une gestion soignée des forêts.
Les principales sources d'approvisionnement sont les Pyrénées pour les sapins de la mâture, le Languedoc pour les chênes de la coque. Après leur abattage, les troncs sont transportés jusqu'aux ports par charroi sur les routes, par flottage sur les cours d'eau, ou par bateaux sur les mers. A Toulon, comme à Brest, les bois de construction sont conservés immergés dans les eaux saumâtres du bassin pendant plusieurs mois, maintenus au moyen de caissons chargés de pierres. Cette immersion empêche l’évaporation de la résine, et conserve aux résineux leur souplesse et leur élasticité. A Rochefort, les bois sont au contraire conservés dans de grands hangars aérés.

La construction de la coque


La durée moyenne de construction d'un vaisseau est de quinze à dix-huit mois entre la pose de la quille et le lancement. La première opération consiste à préparer le chantier. Celui-ci se compose d'un certain nombre de pièces de bois servant à porter la quille. L'ensemble doit être incliné pour faciliter la coulée du navire vers la mer, lorsqu'il sera construit.
A partir des plans établis par les ingénieurs-constructeurs, il revient aux maîtres charpentiers de déterminer en vraie grandeur le tracé des gabarits, les contours des pièces de charpente. Commence ensuite la construction proprement dite du navire, c'est-à-dire l'assemblage de ces pièces façonnées une à une aux abords du chantier. On pose ensuite la quille, l'étrave puis l'étambot. La coque prend son volume au fur et à mesure de la mise en place de pièces appelées couples. Les couples sont façonnés et assemblés par terre, puis on les élève sur la quille et la contre-quille. Ils sont ensuite reliés les uns aux autres. La coque est complétée par les bordés, habillage intérieur et extérieur de la coque. Pour bien épouser la forme de la coque, ces bordés sont auparavant passés à l'étuve.

Calfatage, radoub et carénage


Pour une meilleure étanchéité et protection de la carène, la coque est calfatée. Les maîtres calfats posent de l'étoupe, une sorte de cordage, entre les bordés. Ces cordons sont insérés entre les bordés avec des fers frappés à coup de maillet. La coque est ensuite chauffée pour détruire les coquillages et tarets, et pour sécher les bois. On pose enfin un mélange à base de goudron.
Le radoub est l’entretien et la réparation de la coque. Tout navire destiné à un armement doit passer en carène pour débarrasser sa coque des salissures, des algues et des coquillages qui s’y accrochent, vérifier l’état de ses bordages et les changer si nécessaire, et enfin s’assurer de son étanchéité en refaisant le calfatage.
L'abattage en carène consiste à coucher un bâtiment sur le côté et à la maintenir en cette position, afin de ramener au-dessus de l'eau les parties submergées qui aurait besoin de réparation. Cette opération s'appelle le carénage.

La mâture


Les mâts sont soit constitués d’un arbre unique, soit composés de plusieurs fûts assemblés. Ils sont implantés dans la coque du navire grâce à des machines à mâter.
Matière première des cordages, le chanvre est récolté au mois d'août, séché, battu, peigné, puis filé. Le fil obtenu est appelé fil de carret. Plusieurs fils de carret sont réunis à deux ou plusieurs en les tortillant ensemble. Cette opération s'appelle le commettage. Le cordage simple est appelé aussière et plusieurs aussières composent les grelins, les plus gros cordages à bord. Ces derniers sont utilisés pour la manœuvre des ancres. Leur enroulement nécessite l'utilisation du cabestan, sur lequel agissent simultanément soixante-dix à cent quarante hommes.