Atelier de modèles des arsenaux. Neptune.1818.

L'atelier du sculpteur



Cette fiche documentaire présente le travail des sculpteurs dans les ateliers d'arsenaux sous l'Ancien Régime.

Elle présente également les étapes de construction d'une figure de proue : dessin préparatoire, figure en cire, taille du bois...

Les ateliers d'arsenaux

Chaque arsenal emploie plusieurs milliers d’ouvriers spécialisés, dont des dessinateurs et des sculpteurs.
A l'époque de Louis XIV, leurs activités, rigoureusement contrôlées par l’administration, sont réparties entre les chantiers navals et les différents ateliers de création et de transformation. Efficacité et qualité sont exigées à tous les points de la chaîne, afin de respecter un programme naval ambitieux, mis en place au plus haut niveau de l’État, et destiné à assurer la souveraineté française sur toutes les mers du globe.
Dans chacun des arsenaux français existe un atelier de sculpture dont le rôle est de préparer tous les éléments décoratifs qui seront ajoutés sur le navire à l’ultime étape de sa construction. L’atelier est placé sous la direction d’un maître-sculpteur qui dessine les projets, les soumet à l’approbation de l’intendant du port, puis en supervise la réalisation.

Le dessin préparatoire et le modèle en cire

Pour réaliser les décors destinés à orner le navire en construction, le sculpteur dispose de dessins préparatoires au lavis, relativement succincts : un simple profil de la figure de proue, ainsi qu’une vue d’ensemble de la poupe et des bouteilles.
L’artiste a souvent recours à un modèle réduit qui restitue les trois dimensions de l’objet à sculpter et en facilite l’exécution. Ces maquettes peuvent être en bois, en terre, plus fréquemment en cire modelée, et constituent des œuvres à part entière dont l’élégance et la finesse sont parfois supérieures à celles du dessin préparatoire, voire de la sculpture achevée.
Le Musée de la Marine possède 14 figures en cire, dont les plus anciennes sont datées des années 1750. Elles offrent un témoignage exceptionnel de l’art particulier de la céroplastie appliqué à la sculpture navale. Malgré leur extrême fragilité, ces rares projets ont résisté au temps, alors même que les figures de proue auxquelles ils ont servi de modèles ont disparu à jamais.
La cire est un matériau malléable mais fragile et vulnérable. Le plus souvent le sculpteur fabrique lui-même sa propre cire à modeler. Les ingrédients sont mélangés à chaud, puis on ajoute les colorants ou pigments destinés à la colorer dans la masse (garance, racine d'orcanette, safran, céruse, ocre rouge, malachite…). Après refroidissement du mélange sur une plaque de verre ou de marbre, le travail lui-même s'effectue à la main : on ajoute les petites boulettes de cire, parfois en s'aidant d'armature de soutien.

La taille du bois

En ce qui concerne la sculpture proprement dite, toutes les essences ne sont pas favorables à la taille. Les essences les plus utilisées pour les figures de proue sont le noyer, le tilleul, et le pin.
La bille de bois est découpée, allégée de l'aubier. Seule la partie centrale du tronc, de structure plus dense, est travaillée. Le sculpteur, gouge et massette en mains, coupe, creuse, taille le bois avec beaucoup de délicatesse. Il lui faut savoir arrêter son geste au bon moment pour ne pas défigurer son oeuvre.
Pour les figures de grandes dimensions, l'assemblage des différentes parties se fait par tenons et mortaises, collage ou clous. Les sculptures sont ensuite peintes ou parfois dorées;