On a beaucoup rêvé l'Algérie? Les 48 oeuvres présentées à Toulon, issues de collections privées et publiques ainsi que du fonds du musée national de la Marine, offrent cette puissance d'évocation, ce parfum d'exotisme si particulier à l'Orient.
La même force d'envoûtement se dégage des œuvres présentées. On y retrouve l'Algérie attachante, chaleureuse, à la végétation abondante. Chaque artiste semble avoir été captivé par ce pays à la géographie si proche de nos côtes varoises et qui garde pourtant sa particularité. Odeur de jasmin, arbres fruitiers, quiétude des palais aux jardins luxuriants… Une sorte d'apaisement envahit les sens au contact de cette oasis de bonheur terrestre…
En filigrane de cette exposition se dessine l'évolution d'un pays, d'un art. Les œuvres de Gudin, peintre-chroniqueur de l'expédition de 1830, au souffle puissant empreint de romantisme, restent influencées par l'art du XVIIIe siècle. Viennent ensuite les œuvres d'artistes acquis à la douceur de vivre locale, encore très attachés à la technique et au rendu du sujet. Mariage de l'ocre ardent et du bleu scintillant sous le soleil méditerranéen, tout est dédié à la couleur. Au saisissement esthétique que provoquent ces œuvres, succède une peinture plus personnelle et intimiste. Ainsi Marquet, avec son trait concis et sans fioritures, cherchera-t-il à atteindre l'essence, l'authenticité, la vérité du pays. Sa peinture forte d'aplats et d'ellipses laisse une impression de prospérité et de modernisme.
Que ce soient le "Coup de vent sur Sidi el Feruch" de Gudin, les marines flamboyantes de Noiré, les vastes perspectives d'Alger par Hambourg ou les vues adoucies des plages et des terrasses baignées de soleil de Bouchaud, toutes ces œuvres ont en commun l'extraordinaire lumière qui les transfigure. Couleurs chaudes, parfois même étouffantes, brillantes ou assourdies : la lumière souligne toujours cet éclat si caractéristique de l'Orient, objet de la quête des artistes ayant fait escale en Algérie.