Le musée national de la Marine présente un florilège de marines méconnues provenant de ses collections, des années romantiques à la veille de la seconde guerre mondiale.
Dignes héritières des œuvres hollandaises du XVIIe siècle, les peintures présentées mettent en évidence le dialogue de la lumière et de l'eau. Reflet du soleil sur une étendue à peine ridée par une brise légère, mer houleuse sous un ciel menaçant et scènes de naufrages, la peinture de marines exalte les inspirations. Les artistes aiment à mettre en scène les éléments, qu'ils soient sereins ou déchaînés : l'occasion est suffisamment rare de pouvoir dominer la mer, ne serait-ce que sur une toile. Source inépuisable d'émotions, la peinture de marines est le symbole par excellence de l'art romantique.
Chacun à leur manière, les artistes présentés témoignent de l'apparition et du développement de la navigation à vapeur dans la seconde moitié du XIXe siècle : de Barthélémy Lauvergne qui lui offre une place secondaire dans le paysage à Adolphe-Hypolyte Couveley dont le navire occupe toute la composition. Avec sa cheminée qui fume, il est un symbole de modernité et de puissance. Suivant les conquêtes et les découvertes du XIXe et du XXe siècle, la marine représente les paysages des contrées les plus lointaines. Marin Marie rend ainsi compte de l'épopée du Pourquoi-pas ? dans certaines de ses compositions les plus impressionnantes.
Pour certains artistes, le modernisme des bâtiments est une source de poésie, ils y trouvent même une certaine vérité qui n'exclut pas l'harmonie. Roux, Adam, Jacobsen sont parmi les plus grands portraitistes de bateaux et parviennent à nous transmettre au travers de leurs œuvres toute la puissance de ces engins des mers. Commandés par les armateurs, les chantiers navals ou les capitaines des navires, ces portraits témoignent des évolutions techniques tout en soulignant la qualité esthétique des vaisseaux.
- Marjolaine Mourot, Conservatrice du patrimoine, chef du service conservation du musée national de la Marine.
La "marine" est un paysage de la mer (Courbet).
Il est difficile aux personnes qui n'ont jamais navigué de se faire une idée des sentiments qu'on éprouve, lorsque du bord du vaisseau on n'aperçoit de toutes parts que la face sereine de l'abîme. Il y a dans la vie périlleuse du marin une indépendance qui tient de l'absence de la terre ; on laisse sur le rivage les passions des hommes ; entre le monde que l'on quitte et celui que l'on cherche, on n'a pour amour et pour patrie que l'élément sur lequel on est porté. (Chateaubriant, Mémoires d'outre-tombe).
Navires à la mer réunit plus de quarante peintures, de 1830, date de la création du corps des Peintres officiels de la Marine, à 1945.L'exposition débute avec l'école romantique et naturaliste, et se termine avec la Deuxième Guerre mondiale à l'aube d'un renouvellement des thèmes et du langage plastique.
A la suite de l'affaire tragique du radeau de La Méduse traité par Géricault en 1819, la génération romantique exalte le naufrage. Au Havre, les entrées et les sorties du port sont réputées dangereuses par mauvais temps. Les conversations de quai portent quotidiennement sur les accidents qui alimentent les revues comme Le Monde illustré ou la presse locale. Les scènes de naufrages ou de sauvetages émaillent les Salons.
Le musée national de la Marine en conserve des témoignages remarquables comme Le sauvetage de la gabare L'Alouette de Louis-Philippe Crépin. Dès 1830, nourri de références hollandaises, le paysage maritime se modifie quelque peu. L'approche "italienne " de la mer vue de la côte, cède la place progressivement à la côte peinte depuis la mer. L'eau affleure directement le bord inférieur du cadre. L'attention se porte davantage sur l'atmosphère ou les variations météorologiques. Une étendue d'eau ridée par la brise, une vague formée par un coup de vent, une mer houleuse et menaçante envahissent les compositions. Eugène Isabey est la synthèse parfaite de ces tendances : aux scènes de naufrages romantiques et narratives s'ajoutent les groupes de barques devant un horizon plat et un grand ciel nuageux, les plages à marée basse et la description naturaliste des rivages…
Chacun à leur manière, les artistes présentées ici témoignent de l'apparition et du développement de la navigation à vapeur dans la seconde moitié du XIXe siècle : de Barthélémy Lauvergne qui lui offre une place secondaire dans le paysage à Adolphe-Hypolyte Couveley dont le navire occupe toute la composition.
Avec sa cheminée qui fume, il est un symbole de modernité et de puissance. Certains trouveront même dans ce modernisme qui va à l'encontre des tendances générales du moment une certaine poésie et une vérité qui n'exclut pas l'harmonie. C'est le cas d'un genre très particulier dans l'histoire de la peinture de marine : celle du portrait de navire dont nous présentons un choix parmi les plus grands : Roux, Adam, Jacobsen. Ceux-ci ont en commun l'amour de sports ou de l'aventure transatlantique.
Au XXe siècle, les artistes ont appris et synthétisé les leçons de leurs aînés, celles de la lumière, de la couleur et de la composition. Poursuivant une tradition héritée de Joseph Vernet, peintres-témoins, peintres-marins, Marin-Marie, Chapelet, Sébille et Brenet - seul artiste vivant de cette lignée prestigieuse - laisseront leurs noms attachés à une peinture de marine authentique.