C'était il y a 250 ans à Brest. En 1752, un groupe d'officiers, fonde l'Académie royale de Marine. Une académie comme les autres ? Certes non. Illustrée par des membres essentiellement brestois et seule académie en France à s'être consacrée exclusivement à la Marine et aux équipages, elle méritait d'être redécouverte et évoquée à travers une exposition d'importance nationale.
Au cœur du siècle des Lumières, l’Académie brestoise s’inscrit dans un esprit de grande émulation intellectuelle et scientifique. Les innovations proposées par les académiciens ont en effet ouvert la voie à une profonde mutation technologique dans la Marine, lui donnant les clés d’une modernisation radicale. On y trouve déjà les fondements menant en droite ligne au pôle d’excellence technologique que représente aujourd’hui Brest et sa région.
L’évocation de l’ancienne salle des modèles de l’Académie permettra au visiteur de se représenter ce haut lieu de la connaissance scientifique. Parmi les pièces majeures présentées dans l’exposition : la splendide Coque de vaisseau de 74 canons réalisée par Augustin Pic pour cette salle, une rare horloge de marine de Ferdinand Berthoud, des maquettes de machines alors à la pointe du progrès, des ouvrages et dessins rarement visibles.
- Hélène Tromparent, conservateur du patrimoine au musée national de la Marine
- Alain Niderlinder, conservateur adjoint au musée national de la Marine
- Catherine Junges, conservateur du patrimoine au Service historique de la Marine
Au cours du deuxième tiers du XVIIIe siècle, un groupe d’officiers de Marine brestois, animé par le capitaine d’artillerie Bigot de Morogues, prit l’habitude de se réunir chaque semaine pour travailler aux progrès des sciences navales et nautiques et conséquemment à l’évolution de leur profession. La publicité faite autour de ce mouvement, les échos favorables qu’il recueillit et le souhait de ses membres de pouvoir pérenniser leurs assemblés sous la forme d’une Académie, retinrent l’attention et finalement l’assentiment du ministre de la Marine. Celui-ci établit donc en juillet 1752 sous sa protection et avec l’approbation du Roi, une Académie de Marine à vocation nationale ayant son siège à Brest.
Après un début encourageant, la guerre de 7 ans (1756-1763) terminée par le désastreux traité de Paris interrompit les travaux de l’Académie. Elle disparut en 1764, même si certains de ses membres poursuivirent leurs recherches et fut reconstituée en 1769 et placée directement sous la protection du Roi devenant ainsi " Académie royale de Marine ". Jusqu’à sa suppression par la Convention le 8 août 1793, cette compagnie groupa l’élite pensante de la marine. Parmi eux, des officiers de vaisseaux et d’administration, des ingénieurs, des hydrographes, des mathématiciens, des astronomes, des médecins...
Deux tentatives de reconstitution d’une véritable académie de Marine, sous le Consulat, puis au début de la Restauration n’aboutirent pas. Ce n’est qu’en 1921 qu’une nouvelle Académie fut enfin recréée dans un esprit plus large et plus moderne que dans le passé puisque toutes les activités maritimes étaient représentés.
L’un des principaux intérêts de l’exposition "La Marine des Lumières" sera d’évoquer quelques académiciens considérés comme majeurs par la qualité de leurs travaux et leur dévouement au fonctionnement de l’Académie et qui, pourtant, n’ont pas bénéficié de la notoriété qu’ils méritaient. En particulier : Blondeau, Dumaitz de Goimpy, Duval Le Roy, Liberge de Granchain, Marguerie. D’autres académiciens plus connus en raison de leurs carrières militaire ou scientifique sont également à retenir ; Chabert-Cogolin, Borda, Fleurieu, Roquefeuil, Verdun de la Crenne, Thévenard, Grenier et quelques autres.
Parmi les travaux les plus importants de l’Académie, on peut noter :
- Le rôle des académiciens Marguerie et Claret de Fleurieu entre 1774 et 1776, respectivement concepteur et signataire des nouvelles ordonnances de la Marine, publiées en 1776. Ces dernières révolutionnèrent la Marine en accordant aux officiers de vaisseaux, un pouvoir détenu jusque là par l’Intendance, en l’espèce, la conception, la mise en œuvre et l’entretien des navires.
- la direction effective à partir de 1776 de l’atelier des boussoles du port de Brest. L’Académie soucieuse de la disparité et de la valeur médiocre des instruments de navigation en usage, batailla plusieurs années pour remédier à cet état, en proposant de concevoir, de faire réaliser et de contrôler les instruments (boussoles, cercle de réflexion octants, baromètres, horloges) fournis aux escadres et indispensables à une navigation sûre et scientifique.
- la volonté exprimée depuis 1781 par l’Académie de faire construire un observatoire astronomique à Brest. Les innombrables retards relatifs aux autorisations et à l’achat du terrain privèrent l’Académie de voir son œuvre réalisée. Elle le fut seulement en 1796.
- la première publication du catalogue de la bibliothèque en 1781 recensant 1018 ouvrages. Ce remarquable ensemble patrimonial heureusement conservé, constitue aujourd’hui le cœur du fonds ancien de la bibliothèque du Service Historique de la Marine à Brest.
- le départ en 1785 de l’expédition Lapérouse, la grande expédition maritime et scientifique française, disparue corps et bien au large de Vanikoro (îles Salomon) et qui devait poursuivre l’œuvre de Cook et achever la carte du globe. Trois académiciens y participèrent ; Claret de Fleurieu rédacteur des instructions relatives au voyage ainsi que le lieutenant de vaisseau d’Escure et le capitaine de vaisseau Fleuriot de Langle, second de l’expédition, qui y laissèrent tous les deux la vie dans des conditions dramatiques.
- la création en 1786 à l’atelier des boussoles d’une unité de contrôle et d’entretien des horloges de marine assurée par un élève de Ferdinand Berthoud.