Reynoir Cadet. La Dauphine, galère patronne du lieutenant général des galères. 1736.

Les galères du Roi-Soleil



A bord des galères du Roi-Soleil, le faste du décor naval, illustré dans les collections du musée par les extraordinaires sculptures de La Réale contraste avec le sombre quotidien des galériens.

Une politique de centralisation


Secrétaire d'État à la Marine, contrôleur général des finances et surintendant des bâtiments du roi, Colbert de Seignelay est à ce titre investi des affaires culturelles du royaume. Dès 1668, il mène une politique de centralisation culturelle. Il insère la décoration navale au sein de tous les autres arts du Royaume qui sont susceptibles de mettre en exergue la personne royale. Il place donc l'art naval entre les mains du directeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture Charles Le Brun. Ainsi, dans les années 1666-68, les sculpteurs choisis pour diriger la sculpture navale dans les arsenaux sont de son entourage.

Un navire de guerre : la galère Réale


En 1662, au tout début de son règne, Louis XIV crée le Corps des galères, qui subsistera jusqu’en 1748. A son apogée, entre 1690 et 1700, le corps des galères comprend quarante galères, douze mille rameurs, trois mille officiers et matelots, quatre mille soldats. Cette flotte royale se compose de bâtiments hors norme dont la particularité est de voguer aussi bien à la voile qu’à la rame. À sa tête se trouve la Réale de France, galère "extraordinaire" commandée par le général des galères qui se distingue par des dimensions presque exagérées et une décoration somptueuse, à la hauteur des aspirations monarchiques. Couvertes de sculptures ostentatoires, ruisselantes d’or, les galères dissimulent des bagnes flottants qui exhalent en permanence des relents de misère. A l’arsenal de Marseille, dessinateurs et sculpteurs rivalisent d’imagination et de talent pour parer de sculptures allégoriques la poupe des neuf réales qui y sont successivement construites de 1662 à 1748.

La difficile vie des galériens


A bord de la galère, la vie des condamnés est un enfer. Ils doivent ramer jusqu'à l'épuisement, sous les injures, dans la crasse et les poux. Et malgré tous leurs efforts, la galère n'avance pas très vite : huit kilomètres par heure.

Les galériens sont en majorité des prisonniers de droit commun, quelques uns sont des esclaves, peu sont volontaires de la "bonevoglie".

Après la révocation de l'Édit de Nantes, en 1685, de nombreux protestants furent envoyés aux galères. Jean Marteilhe, protestant condamné aux galères, décrit dans ses mémoires leurs dures conditions de vie à bord.

La chiourme, ou ensemble des rameurs, est installée sur les bancs ; au pied de chaque banc est disposée une planche sur laquelle le galérien se couche le soir venu et deux marchepieds auxquels il est enchaîné. A la poupe, se dresse le "carrosse", logement des officiers, décoré de sculptures et d’un dais. Le fanal, qui surmonte le tableau arrière, mesure à lui seul un mètre soixante-dix ; on y brûle douze livres de chandelle à la fois.

Un décor à la gloire du roi


Les éléments décoratifs de la galère Réale forment un ensemble historié, dédié à la gloire du Roi-Soleil, centré autour du personnage mythologique d’Apollon, dieu du jour qui règne sur les mois et les saisons. La métaphore est soutenue par le concert des Renommées et des Tritons, figures emblématiques du répertoire maritime.

Tout n'était que représentation, donc illusion : la mise en scène flottante d'un discours à la gloire du roi ou de la nation. Il n'est pas indifférent que le même artiste, Jean Bérain, dessinât à la fin du XVIIe siècle à la fois les décors des opéras de Lully et les décors de vaisseaux du roi de France.

Les éléments sculptés du tableau arrière de la Réale, dessinés par Charles Le Brun premier peintre du roi, proviennent de l’arsenal de Toulon. Au centre, couronné de la devise de Louis XIV, siège Apollon, métaphoriquement le Roi-Soleil. À gauche, le roi des dieux, Jupiter, le manieur de foudre, et son aigle ; au-dessous, Cybèle, munie de la corne d’abondance. À ces deux personnages correspondent, à droite, la royale Junon, accompagnée de son paon aux mille yeux, et Neptune, arborant la couronne et le trident qui le désignent comme dieu de la mer. Ainsi se trouvent conciliés, sous la gouverne de Louis, roi solaire, les domaines du ciel, de la terre.

Pour les figures de grandes dimensions, l'assemblage des différentes parties se fait par tenons et mortaises, collage ou clous. Les sculptures sont ensuite peintes ou parfois dorées.