Dans les coulisses de la restauration / La maquette La Gloire

La restauration de la maquette La Gloire

En 1859, l’ingénieur Henri Dupuy de Lôme conçoit La Gloire, première frégate cuirassée. Ce bâtiment, de 78m de long, présente un mode de propulsion double, utilisant les voiles pour les grandes traversées et la vapeur pour les manœuvres rapides. Sa coque est entièrement blindée grâce à une cuirasse de fer de 12cm d’épaisseur. Le modèle conservé au Musée national de la Marine, réplique exacte du cuirassé à l’échelle 1/33, a été présenté lors de l’Exposition Universelle de 1867 afin de promouvoir ces avancées technologiques. Illustrant l’évolution de la marine de guerre à l’ère industrielle, le modèle de La Gloire sera exposé dans le parcours permanent du musée à sa réouverture.

Modèle de la frégate cuirassée La Gloire avant restauration
Modèle de la frégate cuirassée La Gloire avant restauration, 25 MG 1, © MnM-Photo Arnaud Fux

Longtemps présenté au sein du palais de Chaillot, le modèle de La Gloire est un objet connu des visiteurs du musée. L’étude de l’objet, en vue du projet de rénovation, a permis d’identifier des altérations nécessitant un traitement de restauration afin d’améliorer l’état de conservation de l’œuvre et de permettre aux visiteurs de redécouvrir ce fleuron des collections.

Les voiles et hamacs

La poussière qui s’est déposée sur les voiles et les hamacs lors des années d’exposition du modèle risque d’entraîner des altérations physiques ou chimiques du textile. Ces éléments ne pouvant être déposés sans intervenir de manière irréversible sur le gréement, il est décidé de réaliser l’intervention de dépoussiérage in situ. Plusieurs tests ont été effectués afin de choisir la méthode la plus adaptée. Un nettoyage mécanique à sec, à l’aide d’éponges en caoutchouc synthétique non abrasives, a finalement été réalisé.

Le pont en bois

Le vieillissement de produits utilisés lors d’anciennes restaurations est un autre facteur d’altération identifié lors de l’étude du modèle. Le pont, en bois de résineux, présentait une couleur brun-rouge et sa surface était tachée de façon hétérogène. Après observation de photographies anciennes, il s’avère que le pont était à l’origine de la couleur naturelle du bois, soit beaucoup plus clair.

Photographie ancienne montrant la couleur d’origine du pont

Cette couleur rouge n’est donc pas due à une teinte mais au vieillissement d’un produit de nettoyage appliqué sur le pont. Des tests de solubilité ont permis de trouver une technique permettant le retrait de ce film qui nuit à la bonne lisibilité de l’œuvre. Un mélange de solvants est appliqué au coton sur le pont, puis les anciennes retouches sont retirées délicatement . Après nettoyage, le bois retrouve un ton plus blond ce qui augmente les contrastes et révèle les détails du pont.

Le doublage de la coque

De la même manière, le doublage en cuivre de la coque présente des résidus d’anciens produits de nettoyage. Ceux-ci créent des zones de rétention d’humidité et favorisent les reprises de corrosion. Il est donc nécessaire de procéder au retrait de ces résidus très adhérents. Pour cela, un solvant aliphatique est appliqué à l’aide de brosses afin de dégraisser la surface et de retirer une partie des produits pulvérulents. Un nettoyage mécanique à l’aide de petites brosses en nylon montées sur un micromoteur est ensuite réalisé. Ce système permet de traiter l’accumulation de produits dans les creux, notamment aux jonctions des plaques de cuivre. Les zones les plus fortement corrodées sont traitées au scalpel ou à l’aide de petites brosses en laiton. Un rinçage final à l’acétone est enfin nécessaire pour supprimer tous les résidus et obtenir un résultat homogène.

Le doublage en fer présente des dépôts gras sur l’ensemble de sa surface ainsi que des phénomènes de corrosion localisés de l’alliage ferreux. Un nettoyage à l’aide de solvant est réalisé afin d’éliminer le film gras. Les produits de corrosion sont retirés mécaniquement puis inhibés afin de prévenir de nouveaux départs de corrosion.

Le plancher de la passerelle

Certaines altérations découlent du vieillissement naturel des matériaux associé aux conditions environnementales. Plusieurs éléments peuvent ainsi présenter des déformations ou des décollements. C’est le cas des pièces de bois formant le plancher de la passerelle. Un traitement de remise en forme sous presse par humidification contrôlée a été effectué et les éléments ont été recollés à l’aide d’un adhésif protéinique réversible.

Les fenêtres

Lorsque les éléments présentent des décollements, il y a un risque important de perte. Il est donc essentiel de mener une intervention de refixage. Les feuillets de mica symbolisant les fenêtres sur le modèle n’étaient plus adhérents. Ils ont donc été déposés puis refixés à l’aide d’une résine acrylique réversible sélectionnée, notamment, pour sa translucidité.

Les modèles de bateau sont des objets composites, dont les facteurs d’altérations peuvent être multiples et complexes. Il est nécessaire de mener une étude approfondie afin de choisir un traitement adapté permettant leur présentation aux visiteurs. La restauration du modèle de La Gloire a permis de stabiliser l’ensemble des éléments afin de permettre sa présentation au public tout en garantissant sa conservation. Les interventions effectuées sur la surface améliorent la lisibilité de l’ensemble et promettent aux visiteurs la redécouverte de ce modèle exceptionnel.

Ariane, Restauratrice du patrimoine

 

 

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