
conservatoire du commissariat de la Marine, Toulon
Jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, La Marine publie les patrons des uniformes mais ne s’occupe pas de la fabrication. Officiers et officiers mariniers doivent acheter eux-mêmes leurs uniformes chez des tailleurs de leur connaissance, et cela dans la mesure de leurs moyens. Ceux qui le peuvent s’habillent chez un grand tailleur ; ceux qui ont des moyens plus modestes achètent leur uniforme au rayon confection de la Belle Jardinière, passent commande à un petit tailleur ou même se procurent une tenue déjà portée chez un fripier.
Sous l’Ancien Régime, la Marine ne fournit pas l’habillement des matelots ; pêcheurs et gens de mer venant à embarquer apportent avec eux leurs effets personnels plus ou moins disparates, variant selon leur région d’origine. Les textes officiels antérieurs au XIXe siècle disent par conséquent peu de choses au sujet des matières premières utilisées dans l’habillement. Au début du XIXe siècle, il est parfois fait mention de drap bleu de Lodève ; cette place importante de l’industrie lainière du Languedoc fournit souvent les armées françaises en drap pour les uniformes. Au 19e siècle, Un bureau des approvisionnements, installé à Paris, au ministère de la Marine, discute et passe les marchés. Finalement, on a l’impression que le système est resté le même jusqu’à nos jours.

Aujourd’hui, Les approvisionnements en tissus sont gérés de manière centrale par le bureau des approvisionnements du SERTEMARCO, le service technique et des marchés du commissariat de la Marine, basé à Toulon. Le SERTEMARCO procède à des appels d’offre européens ; beaucoup de tissus viennent de Belgique ou du Portugal. La qualité étant définie de manière très précise, il peut s’avérer vraiment difficile de trouver un fournisseur. Texture et couleur sont parfaitement définies et il est particulièrement difficile d’obtenir une couleur uniforme du début à la fin du rouleau. Le bleu pose souvent des problèmes. Il est aussi compliqué d’obtenir un blanc ayant de la tenue, qui n’est pas transparent, ne jaunit pas et ne vieillit pas trop vite, le tout pour un coût modéré !

Tricot rayé d'homme d'équipage modèle 1945
Pour le tissu rayé, ce sont des entreprises de bonneterie, spécialistes des tissus en maille, qui répondent aux marchés. Il s’agit d’un tissu très spécial, de la « maille bloquée », dont la Marine fournit un échantillon et qui n’a subi aucune transformation majeure depuis 1858 !

Pour accomplir le gros du travail de couture, la Marine recrutait autrefois une main d’œuvre constituée de femmes et de filles de marins ou d’ouvriers des ports militaires, afin de venir en aide aux familles nécessiteuses. A Toulon, pendant l’entre-deux-guerres, des femmes cousaient encore à domicile pour la Marine. Le service « habillement » leur délivrait les pièces à assembler ; elles devaient, certains jours, apporter leur travail fini, recevoir leur salaire et prendre le travail suivant. Certaines cousaient simplement les sacs, d’autres les caleçons, d’autres encore les pièces les plus difficiles, vareuses et pantalons. Ce système de travail à la tâche a été abandonné après la seconde guerre mondiale.

A ce moment-là, la Marine a décidé d’engager des maîtres tailleurs qui venaient de l’industrie de la confection. Par convention, la Marine fournissait les locaux, les machines, l’énergie et le tissu, et passait les commandes, tandis que les maîtres tailleurs devaient embaucher eux-mêmes le personnel et le rémunérer. Dans les années 1950 ou 60, un maître tailleur gagnait beaucoup d’argent ! Aujourd’hui, avec la fin du service militaire et l’augmentation des charges sociales, ce métier est beaucoup moins lucratif . A Toulon, dans le cadre de la disparition du service national, l’Etat a dû accompagner les mesures de licenciement et la reconversion du personnel.
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